Louise Bourgeois
Retrospective 1935-1989
La première rétrospective de l'uvre de Louise Bourgeois est actuellement présentée au Musée de Berne. Cent sculptures en marbre, bronze et bois, des peintures et des dessins réalisés entre 1947 et 1989 retracent un itinéraire tout autant éclectique qu'inclassable. Chaque période est en fait, le plus communément, marquée par le rythme des émotions.
Louise Bourgeois abandonna la peinture vers la fin des années 50 pour aborder un mode d'expression d'une plus grande existence matérielle, la sculpture. Elle sculpte alors des formes abstraites: le corps, réduit à un ou plusieurs fragments, peut prendre un aspect synthétique (uf, tronc, cavité), mais aussi ses figures quasiment organiques qui tendent vers le " non-forme ". A l'opposé, elle réalise des installations monumentales avec des matériaux divers, durs ou mous.
Les références aux religions anciennes, préhistoriques, grecques, sumériennes ou indiennes (ex. Blind Mans Buff) sont évidentes, comme le sont celles à la sexualité (pénis, seins...). Ses pièces qui jouaient sur une ambiguïté sexuelle ont valu à Louise Bourgeois sa réputation auprès de groupes engagés dans la contestation sociale et psychologique et particulièrement chez les féministes. Poursuivant actuellement son travail à New York, Louise Bourgeois considère elle-même son uvre comme "autobiographique": une façon de distancer ses peurs et ses ressentiments face aux tensions rencontrées avec sa famille dans son enfance. La valeur thérapeutique d'uvres comme The Destruction of the Father (qui dévoile ses sentiments vis-à-vis de son père) est évidente. Son travail alterne entre le dur et le mou, le rigide et le flexible et correspond toujours à la matérialisation d'un moment précis de sa vie. Ainsi, son uvre tire sa dynamique plastique et psychologique des matériaux qu'elle choisit et de la manière dont elle les aborde spécifiquement.
Mais le plus étonnant dans son travail récent, c'est la dichotomie entre le choix du matériau et le rendu de ses émotions: un matériau léger et doux peut traduire la violence, comme la matière dure offre résistance et fragilité, ambiguïtés que l'on retrouve omniprésentes chez Louise Bourgeois. |

"Listening One ", 1947-1949, bronze, 201.2x28.5x11.5 cm |

Trani Episode, 1971-1972, plâtre et latex, 59x59x43.2 cm,
Jacques Magnol,
L'Impact
|
|
Louise Bourgeois,
célèbre et célébrée aux Etats-Unis
(elle a reçu de nombreux prix et titres honorifiques), est une
plasticienne pourtant peu connue en Suisse. Ceci s'explique peut-être
par les trop rares expositions qui lui ont été consacrées
en dehors des Etats-Unis. Cette rétrospective qui circule à
travers l'Europe (Francfort, Munich, Londres, Lyon, Barcelone, Berne,
Otterlo), va permettre de mieux connaître l'ensemble de l'uvre
de Louise Bourgeois. Née à Paris en 1911, elle suit ses
parents à l'Antony, sur les bords de la Bièvre, où
ceux-ci, originaires d'Aubusson, ont acquis un atelier de restauration
de tapisseries. Très tôt, elle les aide en tant que dessinatrice
tout en poursuivant ses études. Inscrite en mathématiques
à la Sorbonne, elle se tourne vers l'art. Parce qu'elle préfère
l'"atmosphère plus libre des ateliers", elle quitte l'Ecole
des Beaux-Arts où elle avait pourtant été recue.
Elle fréquente l'Académie Ranson, l'Académie Julian,
l'Académie de la Grande Chaumière. Parallèlement,
elle étudie l'Histoire de l'Art à l'Ecole du Louvre. En
1938, elle se marie avec l'américain Robert Goldwater et, la même
année, quitte la France pour New York où elle vit désormais.
En 1939, elle expose pour la première fois au Musée de Brooklyn.
Ses premiers travaux sont surtout des gravures et des peintures et il
faut attendre 1941, pour une expérience dans le domaine de la sculpture
monumentale, sur le toit de son immeuble... et 1949, pour une première
exposition de 17 sculptures à la galerie Peridot de New York.
Après cette
date, elle continue à réaliser quelques dessins et aquarelles
mais se tourne presque exclusivement vers la sculpture. Dans les années
50, elle prend une part active dans les mouvements d'"Avant-garde"
américains et participe à de nombreuses expositions de groupes
avec les expressionnistes abstraits, dont Willem de Kooning et Franz Kline.
Rares sont ses expositions individuelles après celle de 1949. Seules
deux, en 1950 et 1953, ponctuent cette période où elle reste
pourtant très présente sur la scène new-yorkaise.
Il faut attendre 1964, pour une exposition "en solo" où
son travail aborde alors une tendance post-minimalis- plastique ou le
latex, confirmée lors de l'exposition Eccentric Abstraction à laquelle participent des artistes comme Bruce Nauman, Keith Sonnier, Eva
Hesse.
|