Luis Caballero
" Dieu
est homme, l'érotisme est sa religion "

Luis Caballero

"Sans titre I". 56 x 78 cm.
"Si une importante
crise économique provoquait une récession brutale du marché
de l'art, les artistes et les marchands en seraient les premières
victimes mais l'Art en sortirait vainqueur". Une idée de Luis
Caballero, qui exprime sa déception face à une période
où la peinture n'a trop souvent pour but de n'être que peinture
esthétique au détriment d'autres formes de lecture, qu'elles
soient historique, religieuse, ésotérique ou autre. Un tableau
doit tout d'abord parler à la raison et la communication ne peut
s'établir que si l'artiste a ressenti des émotions et s'il
a quelque chose à exprimer.
"L'expérience artistique est quelque chose de complètement
personnel, intuitif et arbitraire. Un peu comme l'idée de grâce
en religion. Dieu la donne ou ne la donne pas. Et allez donc savoir pourquoi...
Un tel état de grâce est nécessaire pour faire une
uvre d'art, un objet (car la peinture est un objet) qui soit capable
de transmettre des émotions. L'uvre d'art doit être
universelle mais on n'atteint cette universalité, je crois, qu'au
travers du particulier, avec amour et avec passion."

"Sans titre VI". 195 x 125 cm.
Religion et passion dominent l'uvre de ce jeune Colombien à
qui la peinture religieuse offrit le premier contact avec l'art dans un
pays où il n 'existe que très peu de musées. Cette
religion imposée est ressentie en Amérique latine d'une
manière violente et fanatique: les sentiments religieux, vécus
viscéralement, écartent le spirituel pour s'exprimer physiquement
lors de manifestations, sources d'émotions intenses, où
la recherche de la souffrance par les pénitences, la flagellation,
est le premier sinon le seul, devoir de l'homme.
"La lutte pour le plaisir nous la connaissons tous, et plus particulièrement
dans un pays comme le mien, dominé par la religion catholique qui
a toujours nié le plaisir et prêché la souffrance".

Sans Titre II. 195 x 130 cm.
Après avoir passé son enfance face à un homme très
beau, mais souffrant, qu'on lui ordonnait d'aimer, il a continué
de l'aimer mais dans sa beauté souffrante, empreinte d'érotisme,
de surhomme déchu. Source de sentiments ambigus, ce rapport souffrance,
érotisme, religion provoque chez Caballero le besoin d'aller au-delà
de lui-même. "Disparaître en Dieu ou se fondre dans l'autre
relève de la même volonté de dépassement de
soi-même, d'échapper à la médiocrité
quotidienne. Dans cette fusion religieuse ou érotique, s'établit
parfois une harmonie parfaite, avec soi-même, qui provoque un état
de lucidité absolue, un sentiment d'approche de la perfection.
Besoin égoïste de s'approprier l'autre, de repousser ses limites,
la réalisation de ce désir est cependant incertaine et provoque
un sentiment de frustration que je tente de conjurer par le dessin qui,
lui au moins, ne me décevra pas. Le corps est un moyen d'expression
fantastique, qui permet la représentation parfaite des tensions
psychologiques existantes entre deux personnes. Dans mes tableaux, on
ignore si les figures achèvent de mourir ou de jouir. Quoi qu'il
en soit, dans un cas comme ans l'autre, le même abandon organique
se produit. Disons que ce sont des moments sensuels de mort, de plaisir
intense, d'extase, où le geste de plaisir devient douleur et vice-versa.
Peut-être la mort est-elle en réalité un de ces moments?
Nous ne pouvons pas le savoir. Je ne le crois pas, mais cette similitude
qui existe entre les gestes de douleur et de plaisir est passionnante.
Les mystiques parlent de moments semblables durant ce qu'ils appellent
l'union avec Dieu. Naturellement l'union avec Dieu, ou avec la nature,
avec la vie ou avec la mort, est beaucoup plus rare et difficile à atteindre que la simple union sexuelle.

"Sans Titre III". 150 x 120 cm
La force des tableaux
de Caballero provient de ce désir inassouvi, de la frustration
provoquée par l'incapacité de vivre ces moments d'intensité
irréelle, mais si la peinture lui donne plus que la vie, il aurait
préféré vivre ce qu'il peint avec tant d'amour: "chaque
peintre a peint au moins un nu dans sa vie, mais je crois que presque
tous ont oublié l'essentiel: un nu doit être peint avec sensualité,
érotiquement, amoureusement. Avec du sperme, et pas de la térébenthine."
Caballero associera
toujours l'érotisme et la religion. Au commencement étaient
les bons pères, qui lui ont inculqué ce sentiment de faute,
de culpabilité vis-a-vis de l'érotisme, puis, l'idée
de péché, de fruit défendu, qui rompait radicalement
avec les civilisations précédentes, a pu créer le
plaisir. Ces images religieuses, résolument visuelles l'obséderont
toujours: "J'aimerais pouvoir éprouver devant les images que
je crée a présent ce même sentiment de désir
et d'adoration que je ressentais, petit enfant, dans les églises.
La Crucifixion, la Pieta, la Descente de la Croix, le Corps gisant. Quoi
d'autre? Ces thèmes éternels ont toujours permis d'exprimer
toute la passion, toute l'angoisse et tout le drame de la relation entre
deux êtres humains."

"Sans titre V". 195 x 130 cm.
Si la relation avec l'oeuvre de Goya et de Michel-Ange semble la plus évidente, c'est à Grünewald que Caballero voue sa plus
grande admiration, considérant "La Crucifixion" (Musée
de Colmar) comme un des grands chefs-d'oeuvre de la peinture. Ces images
émouvantes, poignantes, qui parlent tant aux sens qu'à la
raison lui offrent le meilleur exutoire face à une peinture moderne
devenue trop limitée par son niveau de lecture restreint.
Caballero, favorisé par une capacité de perception hors
du commun et une habileté technique indéniable, estime que
l'on ne peut réaliser une envie qu'en fonction de ses connaissances;
le public l'admet en musique, par exemple, pourquoi se laisse t-il mystifier
en peinture? N'imaginons pas Caballero déçu ou tourné
vers le passé; il a choisi, voici près de quinze ans, d'installer
son atelier à Paris en estimant qu'un peintre devrait vivre dans
un lieu de bouillonnement artistique et d'échanges. Le chaudron
s'étant déplacé a New York il attend que l'espagnol
soit devenu la langue officielle et que le racisme artistique, qui n'existe
pas en Europe, ait disparu pour s'y rendre. Il continuera cependant a
façonner des êtres, à "fabriquer cette personne
que je voudrais posséder et que je n'ai pas".
Jacques Magnol. Paris,
février 1985. L'Impact, avril 1985.
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Luis Caballero est né à
Bogota, Colombie, le 27 août 1943. A partir de 1966, il expose en
Colombie, Espagne, Venezuela, Etats-Unis, France, Mexique, Belgique, Suisse,
Luxembourg, Canada et Hollande. En 1968, il s'installe à Paris,
où il établit son atelier. Il meurt à Bogota, à 42 ans, le 19 juin 1996.
Das Abenteuer der
modernen Kunst hat für mich an dem Toge jegliches Interesse verloren,
an dem ich feststeilte, das mir das Zeichnen Körpers mehr Freude
und Befriedigung verschaffte als das einfache Spiel mit den Formen. Ich
dachte, dass das Leben wichtiger ist als die Kunst, und dass Kunst nur
aus dem Leben kommen kann. Seitdem versuche ich mein Leben in meine Malerei
einzubringen; dass zu leben was ich male, und dass zu malen was ich erlebe,
und ich glaube, dass - wenn ich dabei aufrichtig bin, ein wenig von dem,
was ich empfinde, zwangsweise in meiner Arbeit aufscheinen wird.
lch bin in einem lateinamerikanischen
Land geboren, das von tiefer Religiosität, Gewalt und Fanatismus
geprägt ist. Die Religion beherrschte meine Kindheit. Eine Religion
aus Bildern, entschieden visuel ausgerichtet. Es sind diese Bilder, die
mich die Liebe und das Verlangen gelehrt haben. Sie verfolgen mich noch
immer und sind noch immer die Grundloge meiner Malerei. Vor den Bildern,
die ich jetzt schaffe, möchte ich dies gleiche Gefühl von Verlangen
und Anbetung empfinden können, das mich als kleimes Kind in der Kirche
überkam. Die Kreuzigung, die Pietà, die Kreuzabnahme, der
hingestreckte Corpus. Warum mehr? Mit diesen ewigen Themen konnte von
jeher all die Leidenschaft, alle Qual und das ganze Drama der Beziehung
zwischen zwei Menschen ausgedrückt werden.
Aber
wie dos Gefühl malen und nicht das Abbild des Gefühl?
Wie zu diesem konzentrierten Bild gelangen, in dem sich Lust und Schmerz
vermischen, Schönheit, Schrecken und Verlangen?
Wie ein Bild schaffen, das Wirklichkeit zeigt ohne zu beschreiben?
Ein Bild, das sich mit einem Schlag einprägt und keiner Erklärung
bedarf?
Wie dos Sakrale erreichen, ohne das Menschliche zu verlieren?
Wie die Erschütterung zu einer Form vereinfachen, und diese Form
sei ein Körper, und dieser Körper lebt aus sich, unabhängig
von mir?

"Sans titre IV. 195 x 125 cm.
" The adventure of modem
art lost all interest for me when I discovered that to draw a body gave
me much more pleasure and satisfaction than the simple play with form.
I thought that life is more important than art, and that art only can
come from life. Since then I try to put my life in my paintings, to live
what I paint and to paint what I live, and I believe that when I am sincere
in doing it, part af my emotions will appear necessarily in my work.
I was born in a latin
country, a profoundly religious, violent and fanatic country. Religion
dominated my childhood. A religion af pictures, extremely visual. These
pictures taught me love and desire. They still obsess me and continue
to be the basis of my painting. In front of the pictures I produce now,
I should like to be able to have the same sensation af adoration and desire
which overwhelmed me in the churches when I was a child. The crucifixion,
the Pietà, the descension, the lying corpse. What else? By means
of these eternal themes it has always been possible to express all passion,
all torment and the whole drama of the relationship between two human
beings.
But now to paint the
feeling and not the image of the feeling? How to reach this concentrated
picture in which lust and pain, beauty, horror and desire are mixed up
together? How to create a painting which is real without being descriptive?
A painting which strikes you immediately and does not need explanations?
How to attain the Sacred without losing the human? How to reduce the emotion
to a form, and that form is a body, and that body exists by itself, independent
of me ? " Luis Caballero
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