Geneviève Claisse
"L 'abstraction n'a pas besoin des béquilles de la peinture traditionnelle"
" L 'art abstrait
en 1990 sort de plusieurs décennies de purgatoire. Pénalisé
par ses propres erreurs et submergé par la marée noire du
pastiche, de la dérision, du verbalisme pictural et autres retombées
de l'expressionnisme. Il renoue avec la grande tradition ouverte par le
suprématisme. Après cinquante ans de stagnation, la marche
en avant reprend. Je suis convaincue qu'il est une bonne voie de passage
vers la création du XXe siècle".
Geneviève Claisse. Catalogue du Musée de Cambrai, 1990.
L'avènement
de l'art abstrait est lié à une réflexion sur le
rôle et la nature de l'art dans la société nouvelle
et l'abstraction géométrique s'est imposée à
Geneviève Claisse comme une évidence. "N'ayant aucun
passé figuratif, ma vision était spontanément abstraite.
Je n'ai pas eu besoin de recourir à des règles, que ce soient
règles de composition ou vocabulaire plastique. Je pense même
qu'un vocabulaire est, pour le peintre, une série d'objets (ou
de signes) pré-existants. Les mots sont indispensables à
l'écriture alors que les signes, même les plus abstraits,
sont pour le peintre une servitude, un retour à l'objet.

"Trafalgar square", 1962, 116x81 cm.
"Je pense que
la véritable abstraction se libère du signe verbal et de
tous les autres signes, qu'ils soient formels, symboliques ou conceptuels.
Trois quarts de siècle après Malevitch, qui proclamait le
primat de l'intuition, l'abstraction n'a pas besoin de supports empruntés
à d'autres disciplines. Débarrassée de l'objet, de
l'anecdote et de toutes les béquilles de la peinture traditionnelle,
la peinture que je pratique s'exprime par le rapport entre formes et couleurs.
Chaque forme appelle une couleur et la cohabitation des couleurs n'est
satisfaisante que s'il y a équilibre entre elles; mais aussi équilibre
entre les formes, entre chaque élément. Si la composition
est mal équilibrée, ou Si elle manque de tension, la couleur
ne fonctionne pas; le résultat ressemble à un film noir
et blanc des années vingt colorisé. Aucun théorème,
aucune règle technique ne donne la recette. La démarche
est simplement évidente, intuitive.
"Mes compositions récentes noir et blanc ont la même
signification. La vision du peintre n'est pas celle du physicien, le noir
et le blanc sont pour moi des couleurs. Intuition et inspiration ont été
décriées par les prophètes de l'art technologique;
je ne suis pas d'accord. La création plastique commence par le
refus des séductions et de la démagogie. Créer c'est
explorer le non-dit, le non-vu, le concept visuel pur" .

"Unité Vert", 1970, 162x130 cm.
Jacques Magnol. L'Impact, novembre 1990
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