Marché de l'art
Dali a toujours été entouré de rapaces (Amanda Lear)
Les nouvelles sur l'état de santé du peintre espagnol sont soigneusement filtrées et toujours rassurantes comme il se doit dans tout système économique, politique ou autre, où tout repose sur un seul homme à la santé chancelante. L'entreprise Dali, clé de voûte d'un système d'arnaque de dimension mondiale, est actuellement l'enjeu d'une très vulgaire empoignade entre les prétendants au titre de «fidèle des fidèles» du grand maître, ce qui sous-entend celui d'unique expert à même d'authentifier l'ensemble de la production du peintre surréaliste,
moyennant les honoraires correspondant, l'enjeu porte sur des centaines de millions de dollars et comprend en plus des frais «d'expertise» de routine, les droits â reproduction d'oeuvres allant des multiple de sculptures monumentales aux tirage gigantesques de litho-, xylo-, et sérigraphies, etc... (garanties et numérotées H.C pour Hors Contrôle et E.A. pour Epreuve Abusive).
Symbole de saine gestion, la société qui revendique le titre de dépositaire des droil de reproduction aurait accumulé, en peu de temps, un déficit de plus d'un million de francs alors que son activité ne consiste qu'à vendre des autorisations de diffusion. Engagé dans la course au titre, l'ancien photographe employé par Dali, Robert Descharnes, évitait soigneusement, loi d'un récent passage à Genève, d'aborder le sujet des faux; il n'en établit pas moins de certificats pour des oeuvres trop récentes, tout comme il déclare fausses des expertises d'anciens secrétaires qui eux, à leur tour, le récusent !
Auteur d'un ouvrage de poids, près de cinq kilos, mais pas de référence, M. Descharne répertorie la production dalinienne des années 80 alors que d'aucuns affirment que Dali ne produit plus depuis 1975.
Quand saura-t-on si le peintre catalan Baladas est, comme il l'affirme, l'auteur de 400 des 600 tableaux signés « Dali » depuis la même date ?
La querelle juridique ne s'avère-t-elle déjà inutile puisque son médecin n'a pas dissimulé, depuis longtemps, l'incapacité physique de peindre dans laquelle se trouvait «Avida Dollars». Amanda Lear qui partagea un temps sa demeure le confirme tout aussi précisément.
Mais alors que valent tous les certificats qui accompagnent les créations récentes? Pour les oeuvres «uniques», fort probablemen rien, les multiples, eux, ne méritent pa d'être mentionnés. Précisons simplement qu'une grande exposition genevoise qui eut lieu voici six ans était fournie par l'éditeur d'art et faussaire parisien, Gilbert Hamon chez qui la gendarmerie française a saisi récemment plus de 70 000 «fausses» lithographies de Dali, dont les prix varient ici en Suisse de 1000 à 6000 francs selon les boutiques (tarifs relevés au «Salon international du livre et de la presse 1988»). En 1982 Hamon avait déjà fait réaliser 2400 fausses lithographies de Brasilier, qui furent écoulées sur le marché japonais, ce qui lui valut quelque temps à l'ombre; ici nos journaux conservent les traces du soutien, involontaire, que prodiguèrent des autorités politiques locales et étrangères, le «capitaine» Moore et autres...
En réalité, il n'existe ni fausse ni vraie lithographie dans la mesure où s'agissant toujours de reproduction de tableaux, authentiques ou non, de Dali, mais dans lesquelles il n'est pas intervenu, ce qui ôte le caractère d'«original», le terme «vrai» ne désigne que les exemplaires ayant fait l'objet d'acquittement de droits. Les malversations portent sur des millions d'exemplaires répartis de par le monde chez autant de crédules qui attendent la montée des cours... la perte est totalement sèche, hors la valeur décorative; les rapporter aux marchands ne sera d'aucune utilité car nombre d'entre eux les ont certainement achetées en toute bonne foi.
Ainsi, quel que soit le résultat de la lutte pour la succession dans la maison Dali, il est certain que tout sera mis en oeuvre pour éviter d'ébranler la confiance du public. Alors ne parlons pas aujourd'hui du même phénomène qui touche également le marché des Miro, Picasso, Chagall, Ernst, etc. Tant les pièces uniques que multiples sont concernées, mais si l'on parle plus des dernières, c'est qu'il est plus facile de mettre en évidence une double numérotation sur une estampe que sur un tableau. Sans incidence particulière sur le marché européen, actuellement ces pratiques sont examimées de près par les tribunaux américains.
Présenté souvent comme une victime de son laxisme, Dali n'a guère impressionné les membres du seul atelier d'estampes qu'il ait probablement jamais visité, comme en témoigne Charles Sorlier dans ses «mémoires d'un homme de couleurs»: «Même en tête à tête, il continue son numéro de débile pathologique qui vous fatigue très rapidement. A force d'expliquer aux autres qu'il est génial, ce schizophrène est devenu victime d'un curieux phénomène d'automystification. (...) II aurait pu en remontrer à Buster Keaton dans le genre premier planton chez Borniol. Je me demandais s'il était positivement lézardé ou s'il ne répondait qu'à une seule voix, celle de la planche à billets». A la suite d'une triste mascarade où il fit tirer à l'arquebuse sur une pierre à lithographie, puis écrasa deux miches de pain imbibées d'encre sur une autre pierre «en occasionnant un énorme pâté noir en forme de croix», «le divin Dali fut instamment prié d'aller exercer ses pitreries ailleurs. (Fernand) Mourlot ne voulait pas rimer avec Medrano.»
L'anecdote est connue, elle n'empêche pas les successeurs de Mourlot d'apposer leur timbre sur les nouvelles estampes surréalistes de leur visiteur d'un jour...
A suivre...
Jacques Magnol - L'Impact - novembre 1988
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"Dalí Foundation: peace at last for the great Surrealist’s estate. The Foundation has acquired Demart a company chaired by Robert Descharnes who looked after Dali him in his final years.
“We have achieved the goal we had set outselves, the Foundation now manages and controls all the Dalí intellectual property rights. We have taken over the trust which held the image rights. Now we can get on with our job.”
(...) That job is considerable, in that Dalí is generally considered the most faked artist in the world–something Mr Sevilliano surprisingly denies. “We have to educate the public on this, there is a myth about the the real number of fakes. For original oils, most of Dalí’s work is catalogued and there is no special problem. The big problem occurs in the graphic arts, in multiples, that’s where the big scams are.”
Estimates of the number of fake Dalí prints on the market run into the hundreds of thousands. Dalí’s US lawyer once estimated that the market for them was worth $600 million (about £360 million) in the 1980s alone.
This summer, police seized 450 works in Helsinki, in a Dali centenary show. The show was closed and a Finnish policeman said that some of the fakes were “obvious to us with just a magnifying glass”. The seized works included graphic prints, etchings, woodcuts and sculptures. Mr Sevillano says, “We are continually working on this problem.” The Art Newspaper, 18.09.04
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