Paul Delvaux

 

«Je voudrais peindre un tableau dans lequel j'aimerais, je pourrais vivre.»

 

Delvaux a fait de l'univers l'empire d'une femme toujours la même qui règne sur les grands faubourgs du coeur, où les vieux moulins de Flandres font tourner un collier de perles dans une lumière de minerai. »(1) Bien qu'il n'ait jamais adhéré au mouvement surréaliste Paul Delvaux fut considéré dès 1935 comme un de ses adeptes, principalement grâce à l'image de la femme muse ou déesse qu'il interpréta constamment. S'il s'en est approprié momentanément l'esprit, ce ne fut que pour enrichir son mode d'expression: «je crois que, à mesure que j'avance, (...) je laisse tomber les accessoires. J'ai pris au surréalisme ce qui pouvait me servir, puis je me suis empressé d'écarter tout ce qui est le fatras surréaliste, je m'en suis éloigné, ne voulant pas aligner côte à côte des éléments disparates».


"Le canapé vert", 1944. Huile sur toile, 130 x 210 cm.

Ce n'est cependant qu'à près de quarante ans que Delvaux, qui s'était d'abord orienté vers un post-impressionnisme fortement imprégné de symbolisme, élabore son propre univers en découvrant de Chirico et Magritte. L'artiste timide, brimé dès l'enfance par un père juriste qui n'avait que mépris pour ses talents artistiques, puis par ses camarades qui n'appréciaient guère un caractère aussi renfermé, n'eut plus tard avec les femmes que des rapports empreints de frustration. Sa protection, mais aussi l'assouvissement de ses désirs passa alors par la construction d'un monde intérieur qui dut au départ beaucoup à de Chirico, «...c'est grâce à lui que j'ai brusquement découvert que l'art de peindre n'est pas peinture sans plus. II est également poésie, il est aussi un moyen d'expression humaine.», et à sa passion pour la littérature classique (2).


"Hommage à Jules Verne", 1971. HST, 150 x 210 cm.

«Paul Delvaux (3) est un homme esseulé, un être vulnérable, qui trouve dans l'art un refuge, un suprême recours et un salut: il lui permet de subjuguer ses obsessions en y exprimant les mouvements les plus profonds de son MOI agité et complexe. Il peut s'y défouler, aspirant à la libération. (...) Le contenu de ses oeuvres évolue au gré d'une intuition purement poétique issue des différentes couches de subconscient de l'homme et qui culmine dans l'irréalisme du rêve. Ses rêves éveillés deviennent une obsession de solitude, où tourbillonnent la nostalgie, les regrets sur fond d'amour et de mort. (...) Le manque de compréhension, le manque de ferveur amoureuse, l'angoisse ne se traduisent pas en termes d'agression, pas davantage de régression, mais par l'aliénation due à la rencontre fortuite d'une femme nue dans une gare abandonnée, de personnages et d'objets qui ne voisinent jamais réellement dans le contexte proposé.

(1) Genèses et perspectives artistiques du surréalisme. A. Breton, 1941.
(2) J. Harpman, Visite à P. Delvaux, in Delvaux de B. Emerson.
(3) Marcel Van Jole. (Président du musée d'art contemporain d'Anvers).

Jacques Magnol - L'Impact - février 1988

C'est à l'occasion du 90e anniversaire de Paul Delvaux (né en 1897 dans la province de Liège) que la Fondation Gianadda choisit d'honorer l'artiste belge par une rétrospective de toutes les étapes de son oeuvre comprenant 40 peintures, 40 dessins et aquarelles et 16 gravures d'après dessins, provenant de la Fondation Delvaux.
La Fondation Paul Delvaux, à SaintIdesbald, station balnéaire du sud de la côte belge, abrite la plus importante collection d'oeuvres de cet artiste.

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