Marianne Dumartheray

 

La passion de créer

 

Quand Marianne Dumartheray vous déclare que le Journal de Genève est rigide et la Tribune moins malléable que la Suisse, n'y voyez aucun jugement sur la presse romande mais l'avis d'un sculpteur, qui a choisi le papier encollé pour traduire ses impressions. Ce matériau de caractère assez typique, qui peut être travaillé partout, lui a plu pour sa grande facilité d'emploi et les fantaisies qu'il autorise.
Après son passage à l'école des Beaux-Arts de Genève avec Alexandre Meylan, Marianne Dumartheray s'est rapidement affranchie de son modèle pour donner libre cours à sa vision personnelle des formes qu'elle découvre.
Ses images viennent toujours d'impressions ressenties, tel ce « Voyage de nuit» né d'un choc purement visuel, à l'occasion d'un voyage à Bayreuth, lorsqu'elle entrevit dans la lumière des phares deux personnages attendant sous la pluie. La vitesse, la lumière, le dédoublement des personnages et la tristesse du lieu créaient une atmosphère si particulière qu'elle envisagea immédiatement une sculpture.


"Proue", papiers collés, hauteur : 170 cm

Tout peut l'influencer mais elle accorde une grande importance aux rêves dans lesquels les sensations se mélangent et contribuent à la création de son théâtre personnel: « à de longues périodes de rêveries faites d'images de tous les jours succède un état d'exaltation dont l'apaisement ne peut venir que de la création. L'art permet de prendre une certaine distance par rapport aux choses mais bien que ce soit un état de révolte permanent il représente un espace libre dans lequel on peut respirer et rester en éveil. Le moteur est toujours l'angoisse permanente à chacun qu'il faut canaliser pour n'en retenir que le côté positif. »


"Voyage de nuit", pâte, polyester et plexiglas, hauteur : 170 cm. Détail.

Cette recherche du dépassement conduit Marianne Dumartheray à étudier d'autres modes d'expression comme le dessin, qu'elle est allée étudier à Bruxelles dans une école de style très XIXe siècle ou les décors qu'elle crée pour des théâtres d'Allemagne, de France et d'Autriche. Les voyages sont alors l'occasion de découvrir des détails d'architecture, des mouvements, des bruits gui l'aident à sortir du carcan traditionnel imposé par une société genevoise trop figée.
A trente ans, elle vient de réaliser sa première exposition entièrement personnelle, à Genève, consciente des difficultés accrues que connaît une femme pour réussir dans le monde artistique: «la femme s'extériorise depuis peu mais elle reste trop souvent coincée dans son image de mère, dont il est difficile de faire admettre la féminité. A Bayreuth j'ai reçu ce «compliment»: «vous travaillez comme un homme»! Nous ne bénéficions pas de l'indépendance que l'homme a acquise mais la société change. En attendant, je dessine, je sculpte parce que j'ai un besoin vital de créer.

Jacques Magnol - L'Impact - janvier 1986

 

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