Michel Favre

 

Optimisme tragique

 


L'humour des habitants des pays de l'Est est réputé pour son cynisme qui tient en fait lieu d'exutoire aux frustrations, aux craintes de ses auteurs. En Valais, les conditions ne sont finalement pas si dures et c'est peut-être ce qui nous vaut la lueur d'espoir dans le travail de Michel Favre. Ses sculptures sont des plans de situation où il va se passer quelque chose, à moins que l'action n'ait déjà eu lieu.


"Le sablier du temps à vivre", 1987, bronze + verre, 90 x 34 x 34 cm.

Lors d'une première lecture, le spectateur attribuera l'oeuvre à une révolte enfermée dans un profond pessimisme, mais une approche moins superficielle lui permettra d'entrevoir l'espoir. Selon le mouvement imprimé à la fermeture éclair, l'homme est broyé ou accède à la liberté. Le choix n'existe donc pas. Une main invisible répartit les écueils, offre des chances mais la fin est de toute façon inéluctable. Michel Favre le sait plus que d'autres, lui qui est entré en sculpture par le métier de marbrier et a tant sculpté de stèles funéraires. L'espoir est malheureusement toujours dans la fuite: échapper au spray chimique (sculpture qui fut créée avant Bhopal ou Tchernobyl), éviter l'écrasement par la presse ou le rouleau du destin, fuir les tentations (la souricière et la convoitise), etc.
En somme, Michel Favre se pose en observateur du monde extérieur, il met en évidence des situations qui paraissent critiques afin de provoquer la réflexion et de faire réagir.


"Chemin de vie", 1985, bronze, 144 x 37 x 7 cm.

Une vision que proposait Jean-Michel Gard lors d'une récente exposition au Manoir de la Ville de Martigny: «la sculpture de Michel Favre offre cependant d'autres lectures d'interprétation que celles du réalisme pessimiste et de la fatalité tragique. L'humour est presque toujours sous-jacent dans ces mises en scène. Il dédramatise alors certaines situations et apporte une décharge positive bienvenue. Les jeux de mots de certains titres contribuent aussi à relativiser la gravité de ses sujets. L'ironie, inhérente à la plupart des oeuvres, exorcise le machiavélisme des moyens d'extermination et tempère les aspects trop cruels de la démonstration. Mais si humour il y a, il s'agit d'humour noir.»

Jacques Magnol - L'Impact - avril 1989

Michel Favre est né en 1947 à Lausanne. Il passe son enfance et son adolescence à Martigny où il fait un apprentissage de marbrier. Il travaille ensuite dans les ateliers de plusieurs sculpteurs en Suisse alémanique, de 1967 à 1971, et suit des cours aux écoles d'arts de Berne et de Saint-Gall. Il expose régulièrement depuis 1975 et se consacre totalement à son art depuis quelques années.
Toutes ses pièces sont uniques car, selon une technique personnelle de modelage de la cire, il ne peut être réalisé qu'une seule pièce d'après chaque modelage. Le coulage des oeuvres en bronze se fait selon le procédé de la cire perdue.

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