Helmut Federle
La satisfaction spirituelle fait la beauté d'une oeuvre

McArthur Park, 1987, acryl sur toile, 220 x 330 cm. Musée de Grenoble.
A Grenoble, le plus important musée de France consacré au XXe siècle observe toujours avec attention le déroulement de l'activité artistique helvétique. Il nous devance parfois dans la reconnaissance des éléments moteurs de cette activité. C'est ainsi par exemple que son directeur, Serge Lemoine, organisa la première rétrospective de Richard-Paul Lohse, un des fondateurs du mouvement d'art concret zurichois. Effort identique dans la présentation des nouveaux courants, c'est à Grenoble que furent montées les premières expositions en France de John Armleder ou de Gerhard Merz.
L'exposition actuelle de Helmut Federle s'inscrit dans ce travail de fond concernant les tenants d'un retour à l'abstraction géométrique; le soin apporté à la rédaction du catalogue (dont la clarté devrait servir d'exemple) permet tant la compréhension du travail de Federle que les motivations de ceux qui ont opéré ce retour à l'art abstrait récemment qualifié de néo-géo.
Helmut Federle, né en 1944 à Soléure, est déjà connu en Suisse pour avoir exposé au Musée des Beaux-Arts de Lausanne en 1983 et au Museum für Gegenwartskunst de Bâle en 1985. Révélé à la fin des années 70, « Federle est un peintre qui exécute depuis une dizaine d'années des tableaux dont le format et la composition présentent des points communs avec le Minimal art. (...). Il y est souvent question d'abstraction géométrique, mais celle-ci ne participe pas de l'héritage du constructivisme de la première moitié du siècle. L'abstraction de Helmut Federle témoigne d'une expérience originale qui trouve ses références tout aussi bien chez Mondrian et dans les mandalas du Népal, chez Rothco et dans les symboles runiques et qui n'hésite pas à se réclamer de la tradition du «spirituel dans l'art».
(...) L'une des conquêtes obtenues par l'abstraction du XXe siècle a consisté dans l'élimination du sujet. La plupart des artis tes n'ont cessé depuis Maurice Denis d'affirmer la réalité de la peinture pour elle-même. Pour les créateurs du Minimal art, comme pour Frank Stella avant eux, mais aussi Ad Reinhardt, François Morellet ou encore Max Bill, sans remonter à Théo Van Doesburg et aux artistes polonais de l'Unisme - il faudrait citer bien des grands noms de ce siècle - le principe même de l'art est de ne montrer que ce qu'il est, de ne renvoyer à rien d'autre qu'à lui-même: Le propos de Helmut Federle est tout différent. L'art n'est pas seulement un phénomène plastique et visuel, mais il possède un contenu spirituel que la forme est chargée d'exprimer. Dès les premiers travaux, qui représentent souvent la montagne et le soleil, le symbole est présent. Ensuite, Helmut Federle continue d'avoir recours à la réalité.

Woman standing in a doorframe, 1983, acryl sur toile, 240 x 212 cm. Collection Garnatz Cologne.
Le tableau « Woman Standing in the Doorframe» (1983) présente certes un personnage vu à contre-jour dans l'encadrement d'une porte. La couleur est jaune pour le fond, noire ailleurs. Le motif est ici stylisé au point de ne plus comporter que deux cercles et un triangle. Mais ces formes apparaissent comme des symboles révélés par la présence de la lumière. De nombreuses oeuvres de Federle possèdent un élément de la réalité ou un fragment de vie quotidienne pour point de départ: l'artiste opère ensuite un travail de transposition. L'oeuvre de Helmut Federle contient un message qui réussit à lier l'évocation du passé à la traduction du présent, la culture de l'Occident et de l'Orient et tient l'équilibre entre la recherche d'un idéal et la tentation de la négation. Ce message est exprimé avec une retenue et une hauteur qui lui permettent de trouver des accents universels. Sans jamais quitter le monde des formes: car c'est bien dans la peinture et le dessin que se manifeste la pensée de Helmut Federle ».
Extrait de l'étude de Serge Lemoine parue - dans le catalogue de l'exposition qui comprend également des textes de Helmut Federle et un essai du critique Donald Kuspit.
Jacques Magnol - L'Impact - novembre 1989
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