Marie Gailland
L'illumination concrète
A l'heure où les diverses chapelles artistiques sont occupées par l'affirmation de leur différence dans une quête effrénée de sujets «nouveaux», Marie Gailland évolue fermement et courageusement vers une formulation personnelle encore empreinte d'un certain expressionnisme d'inspiration mystique, à tendance orientale, persuadée que le sacré est le seul futur de l'homme et que le XXIe siècle sera mystique ou ne sera pas, prorogeant ainsi la prophétie de Malraux.
Quelle évolution en dix ans! Depuis sa première exposition, les femmes inoffensives qui occupaient ses tableaux réalistes au fil de son auto-analyse disparurent à la fin présumée de sa catharsis; une succession de «cris» l'amènent à ouvrir plusieurs portes: charnelles «le plaisir», violentes «la chute d'Icare», sensuelles «le baiser dans le cou», le passage décisif entre le figuratif et l'abstrait «autoportrait», avant de repousser les mouvements basés sur la mythologie de la violence et les stéréotypes du drame de la vie pour se rapprocher des philosophes orientales.

"Autoportrait", 1987. Technique mixte + collage. 100 x 70 cm.
Dans un monde saturé d'incompréhension il est inutile d'ajouter, de provoquer le stress par des tableaux violents, le but exprimé de Marie Gailland réside alors dans la réalisation d'une oeuvre «de sensation», apte à faire passer des vibrations élevées, porteuse de signes positifs, nourrie des symboles du sacré qui peuplent la mémoire ancestrale.
La récente exposition charnière, au Château de Villa à Sierre, sous le titre symbolique «Perpetuum Mobile», amenait par étapes le spectateur aux nouvelles portes: celles du paradis qui sont en fait des chemins d'initiation dont l'ultime débouche sur la lumière. Mais tandis que le mode d'expression change violemment, le processus intellectuel suit un cours plus fondamental, les trois premières portes, charnelles, ferment le cycle de la catharsis: «l'amour», «la fécondité», «l'enfance», et sont naturellement colorées, les sept suivantes stigmatisent les paliers de l'évolution vers le spirituel, vers la lumière.
La facture devient de fait plus sobre, les couleurs disparaissent au profit du noir, noir qui lui-même dans un jeu subtil entre le mat et le brillant n'est que l'instrument nécessaire au jaillissement de la lumière.
L'illumination figurant la récompense suprême de celui qui, dans une volonté d'élévation, aura assimilé les étapes initiatiques menant à la dernière «Porte du Paradis».
Jacques Magnol - L'Impact - février 1988
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