Erik Levine

 

Sensuellement minimal

 

L'artiste californien Erik Levine vient d'exposer personnellement pour la première fois en Europe à Halle Sud. Ses nouvelles interventions, toutes en contre-plaqué, utilisent les éléments constitutifs de son vocabulaire formel que sont la roue, le cube, le parallélépipède et la sphère.


"Deuce", 1988. Contreplaqué, 147.32 x 214.63 x 72.39 cm

Dans le cadre du lieu d'art contemporain genevois, Levine expose l'ambiguïté de son travail: « Je suis intéressé par la cocasserie du processus qui consiste à fabriquer un objet comme s'il allait avoir une fonction précise ou remplir une fonction bien définie, alors qu'il ne sert à rien et que son sens est ambigu. Il est, dès lors, l'essence même de la construction et de l'acte en tant que choix existentiel.
A la base, ma géométrie est très simple et très directe. J'essaye de la métamorphoser et de lui donner une sorte de référence. Les objets que je réalise se réfèrent ou font allusion à d'autres choses telles que des meubles, des secrétaires et des instruments techniques.
Dans cette exposition, l'une de mes pièces s'intitule «Wheel Shelf» (Planche à roue); j'ai pris deux éléments disparates reconnaissables, et je les ai juxtaposés. Sur le plan architectural, les planches ne sont que des lignes et des plans dans l'espace; elles se trouvent partout dans nos intérieurs. Quant à la roue, elle n'est qu'un cercle et nous l'utilisons de bien des façons différentes depuis des milliers d'années.
Alors j'ai pensé qu'il serait intéressant de les fusionner, d'en ôter la signification et de créer une troisième entité ayant un sens très différent. Ces objets ont un très bon rapport avec ceux qui nous entourent mais seulement d'une manière très indirecte.
Ça m'intéresse de remettre en question la nature de la fonction, de me demander comment nous imaginons de nombreux objets différents pour chaque emploi. Il est fascinant d'observer notre histoire et de voir comment, pour survivre, nous créons toujours des choses autour de nous, afin de remplir notre espace et nos vies, et de nous rendre la vie plus facile.


"Sans titre", 1988. Contreplaqué, 151.13 x 170.18 x 151.13 cm

Ma préhension à l'art minimal se situe sur un plan émotionnel, physique et intellectuel. Je trouve ce mode très clair, très fort et très puissant. C'est certainement un art de l'extrême. Dans mon travail, j'essaye de saisir les meilleurs aspects du minimalisme, qui sont pour moi la clarté et la précision, de les développer et de les imprégner d'un peu de sensualité.»

Jacques Magnol - L'Impact - mars 1989

Erik Levine est né en 1960 à Los Angeles, Californie, où il fit ses études. Il expose depuis 1985. En 1989, après Halle Sud à Genève, Levine sera présent à la Fondation Mirô de Barcelone, puis à la Diane Brown Gallery de New York.

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