L'art de la plume

 

des Indiens du Brésil

 


Masque «cara grande». Bois, cire, plumes, nacre, coton, tucum, buriti. Haut. 113 cm. Collection Malkin constituée entre 1963 et 1966. Selon Baldus, les masques «cara grande» ressemblent aux images d'esprits que les Taripé gravent sur certains arbres et qui présentent une figure semi-ovale d'où partent des rayons. Ces derniers seraient figurés ici par les grandes pennes d'ara se déployant en diadème autour du masque.

Du masque des chamans à l'hermine du juge, l'homme a toujours confié à sa parure le soin de déterminer sa place dans la société ou son statut professionnel.
L'exposition en cours au Musée d'Ethnographie, à Genève, témoigne de l'attrait symbolique qu'exercent les oiseaux sur les Indiens d'Amazonie. Nul autre animal n'apparaît avec autant d'insistance dans les diverses mythologies mais, avec 2700 espèces recensées, l'Amérique du Sud offre la plus grande variété ainsi que la plus importance gamme de couleurs à l'art de la plume; il ne faudrait cependant pas considérer la richesse artistique de la palette comme la raison principale de l'expression de l'identité amérindienne à travers la matière plume.


«Natte à fourmis en forme d'écureuil». Fibres végétales, coton, fourmis, hampe de plumes, plumes. Haut. 52 cm. Pièce collectée par D. Schoepf en 1972. Photo du musée. Ces nattes étaient utilisées tors des cérémonies d'initiation des jeunes gens et jeunes filles entre 13 et 18 ans. Pourvues de fourmis ou de guêpes vivantes, elles étaient appliquées, à titre d'épreuve, sur diverses parties du corps des postulants.

Pour Monsieur Schoepf, conservateur du département Amérique, « La société des oiseaux, dans le cadre du règne animal, est celle qui se présente comme l'homologue le plus parfait de la civilisation amérindienne.
En effet, comme les hommes, les oiseaux forment une classe déterminée d'êtres vivants, elle-même divisée en sous-ensembles qui se différencient entre eux. Comme les hommes, les oiseaux ont des techniques d'acquisition ou des régimes alimentaires qui leur sont propres. (...) Comme les hommes, les oiseaux construisent des maisons, des nids. Comme les hommes, chaque espèce a un habitat et des moeurs qui lui sont propres. Comme les hommes encore, les différentes espèces d'oiseaux ont leur langage, leur chant, chacune ayant sa langue à elle, aisément reconnaissable.
Bref, c'est assez dire que les oiseaux entretiennent bien un rapport (métaphorique) privilégié avec les sociétés amérindiennes et assez suggérer que, à la faveur de l'homologie, la plume ellemême, cette «matière-oiseau» par excellence, paraît comme prédestinée à jouer un rôle éminent».
Ces oeuvres d'art à but précis, témoignages de l'expression artistique et culturelle, donnent la pleine mesure de la complexité et du raffinement des valeurs de ces sociétés humaines.

Jacques Magnol - L'Impact - mars 1986

Musée d'Ethnographie, Bd CarlVogt, Genève

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