A l'abordage
en mer de Chine !

Photo de Marilyn Monroe vendue à Londres le 25 avril
Lors de ses récentes conférences autour du monde, organisées par Christie's, le «Capitaine» Hatcher a réussi à communiquer son enthousiasme pour la chasse au trésor, les porcelaines du «Nanking Cargo» ont largement dépassé les prix habituellement pratiqués grâce au parfum d'aventure qui fut habilement distillé.
A 46 ans, après 20 ans de recherches plus ou moins fructueuses, Michaël Hatcher a touché le gros lot en remontant la cargaison du « Geldermalsen », un des quatre cargos les plus importants de la Compagnie des Indes, qui fit naufrage entre la fin 1751 et le début 1752 selon les sources, en mer de Chine. Au total ce furent plus de 150.000 pièces de porcelaines et 126 lingots d'or qui furent dispersés par Christie's à Amsterdam, lieu où aurait dû se dérouler la vente voici plus de deux siècles.
Hatcher qui s'était spécialisé dans l'exploitation d'épaves de cargos, coulés lors de la deuxième guerre mondiale, avait déjà découvert deux jonques chargées de porcelaine, mais le marché ne s'était pas montré particulièrement enthousiaste; avec le «Geldermalsen», Christie's organisait la plus importante vente de porcelaine bleu et blanc de Chine et le total de plus de 28 millions de francs a dépassé toutes les espérances, considérant que certains lots quintuplèrent leurs estimations.

Dans les soutes du Nanking Cargo
Un marchand paya près de 90.000 frs pour une paire de plats à poisson de 1751, d'autres plus de 20.000 frs pour un boulet de canon estimé 1000 frs, ou deux canons de bronze respectivement vendus 61.500 frs et 40.000 frs. La valeur historique a également nettement prévalu pour les 126 lingots d'or puisqu'un lingot de 370 grammes atteignit 149.000 francs.
En dehors de la cloche du bateau et de deux canons offerts à l'Etat hollandais, tous les objets récupérés furent vendus aux enchères auxquelles participèrent des membres de l'équipe Hatcher. Monsieur Ong, un promoteur asiatique et partenaire, réinvestit une part de ses gains en obtenant un unique plat pour 80.000 frs et un lingot de 370 gr pour 115.000 frs.
Des résultats qui venaient à point pour toute l'équipe dont la rémunération, hormis le gîte et le couvert, est uniquement basée sur le produit des ventes des objets découverts, «no cure, no pay». Certains des plongeurs qui ne croyaient plus à l'entreprise avaient abandonné tout espoir et quitté le navire quelques jours avant la fabuleuse découverte. Ils méditent peut-être maintenant la dédicace de Marilyn Monroe à son photographe: "Anything worth having is worth waiting for," une épreuve de 1940 vendue 49.500 SFR lors d'une vente de photographies par Sotheby's à Londres fin avril 86.
Jacques Magnol - L'Impact - juin 1986
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