Anna Pricoupenko

 

Peindre une figure c'est trahir la réalité*

 

"Le rapport au réel fonctionne uniquement comme repère : l'objet de ma peinture est la peinture elle-même. Mes objets, mes liens, sont comme des héros de roman, ils sont le support d'un système d'écriture, en l'occurence de peinture."
Dès sa prmière exposition au Canal de l'Ourcq, à Paris, en 1984 avec d'autres jeunes artistes comme François Jeune, Veintimilla, Hélène Agofroy ou Ange Leccia, dont la qualité des travaux commençait à être réellement remarquée, Anna Pricoupenko a clairement défini sa démarche.


"Sans titre", diptyque, 1987, 105 x 200 cm.

Très tôt impressionnée par les premiers abstraits et surtout par Mondrian, elle en a gardé la rigueur mais y a largement ajouté sa poésie, son lyrisme personnels. Ses grandes toiles, le format qu'elle préfère, synthétisent ses perceptions du réel mais reflètent aussi la joie de vivre d'un caractère optimiste.
Les paysages ne sont déjà plus figuratifs, ils ne sont pas non plus encore véritablement abstraits, mais leur définition importe peu; l'important est que quelque chose se passe, qu'Anna nous procure une émotion.
Cette émotion, lyrique, dramatique, est contenue dans sa peinture qui tend à devenir plus autonome. Elle suit, en cela, un peu le même chemin que Pollock ou Schneider, avec des résultats sensiblement différents pour chacun. Mais encore, là, je deviens trop catégorique et elle préfère nuancer l'idée par une parole de Rothko: «Peindre la figure, c'est aussi trahir la réalité, que l'on n'arrive jamais à traduire comme on l'a ressentie».


"Corps en mouvement", 1987, 200 x 150 cm.

Sans trahir, Anna traduit ou retransmet Ies impressions qu'elle perçoit avec un penchant naturel pour la sublimation de sa propre conception de la beauté; elle peint par besoin naturel de s'exprimer, dans son atelier parisien en compagnie de Schönberg, son compositeur préféré. Les Stones y font parfois irruption tout dépend de son état intérieur, d'impressions de voyages, de récentes lectures, d'événements d'actualité, en somme de tout ce qui constitue le fond positif du subconscient. Libérée de tout conditionnement extérieur par le choix de ses formes, de son système de peinture, Anna Pricoupenko accède à l'état de c qui fut, pour certains anciens, l'aboutissement d'un processus de création individuelle, ci n'en veut pas moins, par bonheur, pousser pli loin la recherche. Mais c'est au moment où Anna conçoit l'abstrait comme une libération qu'elle nous présente son dernier tableau qu'elle aurait voulu garder secret : « corps en mouvement ! »

* Rothco

Jacques Magnol - L'Impact - octobre 1987

D'origine russe, Anne Pricoupenko est une Parisienne qui a poursuivi des études classiques : Licenciée en Histoire de l'Art, diplômée de l'Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris entre 1977 et 1983, elle est remarquée depuis 1984 et expose personnellement depuis 1986. Les «branchés» l'auront remarquée au Salon de Montrouge en 85! Parmi ses réalisations, relevons entre autres, et c'est déjà beaucoup, des panneaux destinés à un théâtre en construction en Corse, des projets pour le Musée des Sciences à La Villette, un travail pour le siège de Cartier à Villars (Fribourg).

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