Les sabres japonais

 

dans les collections Baur

 


1. Tsuba. Circulaire. Shakudo, ajouré, incrusté d'or et d'argent. Fin XVlle.


2. Tsuba. Circulaire avec bord relevé. Alliage patiné de cuivre et d'or (Shakudo), richement décoré. Vue composée du lac Biwa et des huit vues fameuses (hakkei) sensées représenter n'importe quel lieu. Signé et daté 11, mois de la 7e année de la période Anyei, (février 1778).

Des signes de prestige, objets de vénération, ou sources de méditation, qui représentent les symboles de notre société actuelle, rares sont ceux qui approchent l'idée de perfection qui animait les forgerons et ciseleurs japonais, créateurs de sabres et de leurs ornements.
Dépassant l'aspect utilitaire de l'arme, l'artiste glorifiait une des nations les plus chevaleresques de tous les peuples civilisés, tout en propageant une philosophie issue du bouddhisme et du shintoïsme.
L'attrait pour cet art de vivre particulièrement raffiné ne s'exerce encore, en Suisse, qu'auprès d'amateurs initiés, bien que la découverte des arts du Japon, par l'Occident, remonte à la moitié du XIXe siècle.
Une des plus belles collections privées européennes de porcelaines chinoises, de jades et d'objets d'art japonais, se trouve dans un hôtel particulier genevois qui a gardé, selon les voeux de son fondateur, le caractère d'intimité d'une maison privée.
Alfred Baur (1865-1951) s'était en effet épris des civilisations extrême-orientales lors de l'installation de sa maison de commerce à Ceylan, d'où il entreprit de privilégier la recherche de pièces rares et significatives au détriment d'une quantité de pièces communes. Lors de son retour en Suisse, Alfred Baur choisit de résider à Genève, puis de créer une fondation pour abriter ses collections et en autoriser l'accès au public; malheureusement le temps ne lui permit pas de voir son oeuvre achevée.
L'exposition principale, en cours, est consacrée à de rares sabres courts et à leurs ornements, ces symboles d'une caste supérieure dont les militaires estimaient naturellement constituer les plus purs modèles.


3. Tsuba en or ciselé et décoré de dragons au milieu de vagues. Signé Tsurayuki (début XIXe)

Lames, fourreaux, ainsi que la plus grande partie du travail que l'on qualifie d'ornements, peuvent être collectionnés individuellement, mais la garde, ou tsuba, représente toutefois la pièce la plus importante de la «garniture» de la lame.
Selon la tradition, le Musée Baur ne pouvait présenter que les sabres courts, puisque dans une maison amie, le visiteur était tenu, par une étiquette aussi complexe que solennellle, de déposer son grand sabre, katana, au-dehors, entre les mains de domestiques munis d'étoffes de soie qui le déposaient sur un support spécial, en traitant l'arme avec tous les égards et la politesse dûs au possesseur du sabre lui-même. Pour se rendre compte de l'ancienneté de cette coutume du port du sabre, il suffit de consulter les chroniques japonaises qui nous rappellent qu'en 645 l'empereur Ko-to-ku en réserva le port à quelques privilégiés, puis qu'au début du XVIIe il n'était réservé qu'aux militaires, samouraïs et assimilés, avant d'être totalement interdit en 1876.
Parmi les principaux, nous pouvons citer le katana qui était un sabre long, porté à gauche dans la ceinture, le tranchant tourné vers le haut, son compagnon plus court le tantô porté de la même façon et dont la paire formait le dai sho. Un autre sabre intermédiaire, le waki zashi pouvait se porter seul, tandis que le tachi se distinguait du katana par ses montures et sa taille et peut être considéré comme un sabre de cérémonie.


4. Ensemble d'ornements constitué de Kodzuka (manche d'un petit couteau appelé Kogatana logé dans une rainure du fourreau) et Fuchi-Kashira (petit collier à la base du manche et pommeau). Daté et signé 1819. Sur le Kodzuka: paon et poule sous un cerisier en fleurs; sur le Fuchi-Kashira: le poète Ariwara no Narihira et ses domestiques.

5. Tsuba. Ovale avec contour à six arcs. Alliage patiné de cuivre et d'argent avec des incrustations de nacre. Décor de Wistaria et autres plantes grimpantes. Signé Y. Toshimasa (début XIXe).

Les pièces de l'exposition sont de l'époque Edo, qui s'étend du début du XVII à la fin du XIXe, et proviennent de la partie centrale du Japon, la plus réputée. Dès le XVIe siècle, des artisans se spécialisèrent dans la fabrication des ornements de sabre et ils firent montre, dans un travail qui relève de l'orfèvrerie, d'une extraordinaire ingéniosité assortie d'une imagination presque illimitée.
Les tsuba offraient ainsi toutes les possibilités de décors allant «du simple émaillage aux incrustations les plus variées en passant par la gravure, le modelé, l'émaillage, etc.» Les matériaux sont également très divers et si l'on trouve de précieux tsuba en or ou en argent, le bronze fut le plus communément utilisé par des ciseleurs qui imitaient à la perfection le bois, le tressage et la laque. Il est impossible d'énumérer l'impressionnante diversité des collections, mais le catalogue édité par la Fondation et rédigé par M.B.W. Robinson, reconnu comme le plus grand spécialiste européen, constitue un ouvrage de référence précieux pour aborder un ensemble aussi riche que varié.


4 poignards, «Aikuchi». Les deux du centre sont du XVtle, les deux autres du XIXe. Richement décorés.

La présentation de ces ornements se trouve magnifiquement complétée par des estampes qui illustrent l'histoire des 47 Rônin, Chûshingura, la pièce la plus connue du théâtre Kabuki.

Jacques Magnol - L'Impact - juillet/août 1986

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