Gérard Schneider
L'abstraction c'est la libération

Gérard Schneider est l'homme dont beaucoup se sont inspirés; toutes ses peintures montrent un homme qui cherche à explorer les possibilités infinies de l'art abstrait en allant toujours plus loin dans l'expression de l'émotion.
La renommée de ce grand maître de l'abstraction lyrique, avec Hartung, Soulages, Zao Wou Ki, etc., est aussi grande au Japon qu'aux Etats-Unis ou en Europe mais n'a paradoxalement que peu atteint la Suisse.
Originaire de Sainte-Croix, Schneider a fait son apprentissage de décorateur à Neuchâtel, où son père était ébéniste d'art et antiquaire, avant de s'installer à Paris en 1916 pour passer le concours de l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs puis de suivre les cours de l'Ecole des Beaux-Arts tout en fréquentant l'Académie Colarossi et la Grande Chaumière. Lcs développements de la photographie mirent cependant un terme à cette période très figurative de Schneider, vers 1934-1935, quand il pensa que le portrait ou la représentation précise de la nature n'avait plus sa raison d'être.
«Je n'étais plus figuratif mais pas encore véritablement abstrait et pourtant je sentais que les peintres les plus avancés de l'époque étaient des artistes qui sortaient du surréalisme et dont la peinture avait un contenu onirique. Le tableau tendait à devenir plus autonome, plus apte à susciter des émotions puissantes. Ce fut le même processus que suivit Pollock qui, après une longue période figurative et même très académique, s'intéressa au surréalisme au moment où Masson, Max Ernst et beaucoup d'autres, vinrent à New York au début des années 40.
Dans ce que je considère comme une évolution naturelle j'ai surtout apprécié la théorie surréaliste de la libération du subconscient. L'abstrait c'est la libération de tout conditionnement extérieur, c'est l'aboutissement d'un processus de création individuelle, de développement personnel dont les formes n'appartiennent qu'à moi-même.

«Sans titre», 1985, 87 x 130 cm.
J'assimilerai cette démarche à l'improvisation musicale: quand je fais du piano pendant plusieurs heures, il m'arrive d'improviser en fonction d'un état psychologique précis; en peinture quand je prends une brosse ou un pinceau, une mécanique de création se déclenche et ma main vient porter un signe, préciser une forme, qui dépend de mon état intérieur; c'est une improvisation, une création spontanée.

«Sans titre », 1985, Acryl sur papier, 150 x 150 cm.
Matisse prétendait que l'on ne pouvait rien faire avec rien et que l'imagination créatrice ne pouvait aller au-delà de la représentation de ce que le sujet devait être; j'estime après avoir utilisé les deux modes d'expression figuratif et abstrait que la création va au-delà, que la création totale c'est l'abstrait.
Si un tableau abstrait est plus difficile à comprendre c'est que sa composition relève de l'intuition, le thème s'est révélé au fil de la création. II ne faut pas rechercher une transposition de la réalité mais faire abstraction de tout modèle pour créer des formes, traduire l'accord qui émeut car il y a art quand il y a émotion transmise.
L'important est que le spectateur sente que quelque chose se passe; que son interprétation soit plus ou moins heureuse importe peu tant que l'oeuvre lui procure une émotion. Mais pourquoi ne pas regarder la peinture comme on écoute la musique? On ne peut interpréter que les sentiments que l'on reçoit, lyrique, dramatique, tragique.»
Jacques Magnol. L'Impact - décembre 1985. Photos JM.
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