Keith Sonnier

 

La réinterprétation des symboles

 


Frankfurt, 1989. Aluminium, verre et miroir, 240 x 202 cm.

A Genève, Halle Sud poursuit périodiquement son exploration des courants qui animent la création américaine, en proposant un parcours historique de l'oeuvre postminimaliste de Keith Sonnier depuis 1967. Le but affiché de Renate Cornu étant de mettre en évidence la continuité et la cohérence de l'art de Keith Sonnier au-delà de la multiplicité des formes qu'il revêt et des matériaux qu'il utilise. «Parfaitement à l'aise avec tous les matériaux dont il explore avec passion les qualités tactiles et évocatrices - néon, aluminium, bambou, pierre, bois, miroir, verre, gaze, caoutchouc, etc., et attachant une grande attention à la lumière, Keith Sonnier crée des oeuvres très clairement structurées, à la fois énigmatiques et sensuelles, et dotées d'une grande suggestivité». Anticipation oblige, c'est à l'auteur du catalogue, Donald Kuspit, que nous empruntons cette description des «lieux saints provisoires» que sont les sculptures de Keith Sonnier.


Dyad circle B, 1989, Aluminium, verre, miroir et néon. Diamètre: 152 cm.

« Sonnier tire sa mythologie personnelle à la fois de la liste des symboles utilisés par les sociétés primitives et des formes technologiques de la société moderne. Il profite aussi des métiers des deux cultures. Ainsi, les structures lumineuses et technologiques de la société industrielle sont dotées d'une qualité magique ou mythologique indépendante de leur fonction pratique. Il est aussi habile à découvrir les éléments mythiques dans les formes technologiques qu'il est à démêler le sens latent des symboles religieux moribonds. Il les refond dans des formes abstraites.
Sonnier est donc un chercheur de symboles ou, plutôt, un sauveteur des sens symboliques ou mythologiques - ceux qui ouvrent sur l'absolu ou la transcendance. (...) Aujourd'hui, la mythologie, devenue un phénomène personnel et créateur, a trouvé son refuge dans l'art. La société moderne ne répond plus aux anciens symboles communaux et attend encore - et peut-être vainement - ceux de la nouvelle société universelle. (...) Restent, en attendant, les symboles mythologiques inventés par Sonnier avec leurs structures ingénieusement irrationnelles et pourtant puissamment poétiques. Ceux-ci ne sont pas communaux parce qu'il n'existe plus de vraie communauté aujourd'hui - et surtout pas dans le monde de l'art. Comme toutes les oeuvres d'art absolu contemporain, les sculptures de Sonnier s'adressent aux désirs de transcendance personnelle des individus.»

Jacques Magnol - L'Impact -

Keith Sonnier est né en 1941 à Mamou, en Louisiane. Après des études à l'université Southwestern Louisiana, il voyage et étudie en France. Pris en main dès 1970 par la prestigieuse galerie Castelli, à New York, il expose depuis lors en Europe, au Japon et aux Etats-Unis. Des pièces de Sonnier sont présentes dans les célèbres collections du Whitney, de Peter Ludwig, du Musée d'art contemporain de Tokyo ou du Musée St-Pierre à Lyon.
Halle Sud, place de l'lle, Genève. Jusqu'au 3 mars.

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